Statut d'Auto Entrepreneur ? A consommer - en toute connaissance de cause - avec beaucoup de parcimonie...



Le statut de l’ « Auto Entrepreneur » a été mis en place le 1er janvier 2009… Simple en apparence, mais pas aussi avantageux qu'il n'y parait et dangereux par certains aspects… François AYACHE, Consultant Associé de Gestion, Conseil & Développement le décortique pour vous...



Attention...
Attention...
Le statut de l’ « Auto Entrepreneur » a été mis en place le 1er janvier 2009…

Celui-ci permet certes en toute simplicité de s’immatriculer et de travailler en indépendant. Vous devez réaliser un chiffre d’affaires de 32 000 € maximum si vous réalisez des prestations de services et de moins de 80 000 € si vous vous livrez à une activité de négoce. Vous payez une fiscalité sur le revenu égale à 12 % de votre chiffre d’affaires et vos cotisations sociales sont de 23 % de votre chiffre d’affaires. Vous ne vous acquittez de ces sommes qu’ en fonction de vos encaissements et non pas au moment où vous facturez. Les obligations légales sont réduites au maximum et vous n’avez pas besoin de comptable !

Simple en apparence, mais pas aussi avantageux qu’il n’y paraît et dangereux par certains aspects…

D’abord, vous ne récupérez pas la TVA ni sur vos frais ni sur vos investissements et vous payerez donc tout (régime général) 19,6 % plus cher ! Si vous pratiquez une activité d’achat - revente, votre marge brute commerciale sera amputée de 19,6 % sur les achats (régime général). Vous ne pouvez pas travailler pour un client étranger, car vous n’aurez pas de n° de TVA intracommunautaire… Vos clients se verront facturer vos prestations et ventes sans TVA : les sociétés s’en moquent et les particuliers ne verront pas la différence…

Ensuite, vous n’êtes pas « en société ». Il n’y a pas de paravent entre vous et votre activité et vous serez responsable sur l’ensemble de vos biens.

Le statut de l’Auto Entrepreneur n’étant qu’une particularité fiscale de l’entreprise individuelle, vous aurez donc un statut de TNS (Travailleur Non Salarié) et vous cotiserez obligatoirement au régime social des indépendants.

J’y vois un désavantage majeur pour le cadre au chômage qui veut tester son activité avant de créer sa boîte. J’y reviendrai plus bas.

Ensuite, vous vous privez de la communication financière liée au fait que vous ne pourrez pas annoncer que vous êtes une société, vis-à-vis de certains interlocuteurs : grands comptes, institutionnels, etc… Rappelons que même si vous êtes en EURL, vous pouvez annoncer sur votre documentation commerciale « SARL au Capital de … euros »

Il faut bien aborder, par ailleurs, le problème de la mise de fonds minimum pour faire tourner sa boîte (investissements de départ, BFR, trésorerie de sécurité le temps de monter en puissance…). Vous ne pourrez bénéficier d’aucune réduction d’impôt sur le revenu (IRPP) liée à la mise de fonds dans le capital social ou dans l’augmentation de capital comme c’est le cas quand il s’agit d’une société. Exemple : vous créez une EURL au Capital de 10 000 €, vous allez bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 25 % de la mise de fonds, soit 2 500 € ! Idem pour toute augmentation de capital !!!

Si vous décidez d’apporter de l’argent en plus dans votre société, celui-ci se fera sous forme d’apport en comptes courants d’associés (même si vous êtes seul !) et vous pourrez vous rémunérer à un taux maximum de 6,32 % en ce mois de mai 2009 (pas mal, non ?). Aucune possibilité de la sorte dans le statut de l’Auto-Entrepreneur…

Le statut d’Auto Entrepreneur vous propose 12 % de fiscalité calculée sur le chiffre d’affaires… Mais le chiffre d’affaires n’est pas le bénéfice ! Toute entreprise a des charges (frais de déplacement, papeterie, assurance, téléphone, etc … pour les plus basiques !). Cette fiscalité sera automatiquement bien supérieure à 12 % si on la ramène à « chiffre d’affaires moins charges »… Si vous êtes « en société », l’IS sera - lui - de 15 % sur les 38 120 premiers euros de bénéfice !!!

Idem pour les cotisations sociales qu’on vous demande de payer sur le chiffre d’affaires plutôt que sur la rémunération que vous prenez !


Attention : Fausse piste ...
Attention : Fausse piste ...
Mais revenons sur le cadre (par exemple) au chômage qui veut tester son activité avant de créer son entreprise. En toute légalité, il déclarera au Pôle Emploi, ses revenus au titre de son activité nouvelle en tant qu’Auto Entrepreneur. La rémunération qu’il aura touchée un mois donné lui permettra de décaler sa « fin de droits » aux assedic. Certes. Mais là où le bât blesse, c’est que, du fait que l’Auto-Entrepreneur cotise au régime des TNS, le cadre au chômage de notre exemple ne se reconstitue pas de droits nouveaux aux assedic par cette activité à temps partiel !

Il devra préférer, à mon sens, soit de travailler en « portage salarial », soit de se faire faire un CDD pour la mission qu’il envisage de réaliser auprès du client qu’il aura décroché ! Dans ces deux cas, en bénéficiant du statut de salarié, non seulement il décalera sa « fin de droits » aux assedic, mais en plus il se reconstituera d’autres droits. A méditer avant de se lancer dans ce statut, un peu trop rapidement qualifié de révolution par le ministre NOVELLI !

Alors essayons d’être lucide ! Le statut de l’Auto Entrepreneur s’adresserait plutôt à l’étudiant qui veut travailler (études de marché, prestations informatiques), au salarié en poste qui veut facturer pour son compte en plus de son travail (mais, attention à la concurrence déloyale vis-à-vis de son employeur !), au conjoint à la maison qui veut se créer une activité complémentaire, au retraité qui veut arrondir sa pension (en facturant des honoraires de conseil ou des prestations diverses…) plutôt qu’au véritable créateur d’entreprise…

Le statut d'Auto Entrepreneur n’aurait-il pas pour but non avoué de contribuer à lutter contre le travail au noir ?

Créateur d’entreprise, je vous invite à choisir plutôt un régime de société (EURL ou SARL avec option Impôt sur les sociétés, SAS) plutôt qu’un statut d’Auto Entrepreneur… Les avantages concrets en sont les suivants :

- réduction d’IRPP pour la constitution du capital social
- possibilité de rémunération des comptes courants d’associés à un taux maximum autorisé intéressant
- limitation de votre responsabilité à hauteur du capital social
- cotisations sociales calculées sur la rémunération que vous prenez et non pas sur le chiffre d’affaires…
- fiscalité de la société basée sur le bénéfice et non pas sur le chiffre d’affaires…
- taux d’IS réduit à 15 % sur les 38 120 premiers euros de bénéfice avant impôt
- choix volontaire d’un statut de salarié ou de non salarié…

Vous vous y retrouverez largement, soyez-en sûr…


François AYACHE
Gestion, Conseil & Développement.


     

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